Catherine Rigollet / L'agora des arts 02/09/2010

Rencontre avec franyo aatoth

Air mutin, toujours prêt à trinquer avec l’ami de passage, chemise tachée de la même huile vermillon qui macule tout son atelier du sol au plafond, cet artiste à l’humour cinglant et au rire pantagruélique est aussi un électron libre, refusant d’être étiqueté, en art comme en politique. Absorbant goulument l’actualité, il restitue ses ressentis en traits vifs et grinçants sur des toiles marquées du sceau rouge récurrent de son œuvre picturale depuis que ce « communiste privé » a détourné en Petit ivre rouge, le célèbre opuscule de Mao, le transformant en guide de tourisme loufoque, passeport indispensable pour les zingueurs polyglottes. Arrivé en France en 1978, formé à l’Ecole nationale des beaux-arts à Paris, ce hongrois fou de musique (il joue du piano et de l’accordéon) découvre dix ans plus tard l’immensité sauvage et préservée de la Mongolie. Il en fait sa patrie d’adoption, y rencontre sa femme ; et sous l’emprise de l’une comme de l’autre, il apprend le mandarin. Qu’il expose à Pékin, à Kiev ou aux Etats-Unis, son monde intérieur est celui des grands espaces, des terres encore vierges, même si sa peinture, au cœur de sa passion, raconte le quotidien des hommes des villes et s’échafaude sur ordinateur avant d’être transposée sur toiles. Entre les quatre murs de son atelier parisien envahi de souvenirs et de symboles de ses coups de cœur et de gueule, entre indignation, dérision et humour noir distillé en rouge, Franyo y enfourche ses chevaux de bataille, pourfendant vanités, absurdités et dogmes. Mais le rêve n’est jamais loin chez ce tendre rebelle qui dans ses titres, sciemment exhibitionnistes, laisse filtrer un peu de poésie. Bertrand Cantat, ami de longue date (Aatoth a dessiné des pochettes de disques et des décors de scènes pour le groupe Noir Désir), dit de lui : « Franyo, c’est l’œil qui surgit d’une ancienne fumerie d’opium et qui transperce le rideau brumeux comme on passait le rideau de fer… »

Catherine Rigollet

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