Le petit ivre rouge

De Franyo Aatoth
Editions Chiron, avril 2011

Il faut saluer en ces temps de détresse idéologique la sortie de ce nouveau petit ivre rouge, qui bien que sans « l » (ni zèle, ni ailes), sera porté aux nues. L'ambition planétaire de son contenu fait qu'il est d'ors et déjà disponible en 18 langues, certaines fort rares. Les plus importantes y sont, du moins du point de vue des civilisations qui ont porté un intérêt marqué à ces lieux de rencontre que sont les bars... En effet, il s'agit d'un dictionnaire du zingueur international !
 
Dès la première page, l'auteur prend soin de singulariser le contenu de cet incontournable et rare guide de conversation. « Bonjour, bonsoir, bonne nuit » y sont, bien sûr, mais « bonne bourre » aussi : plus rare, non ? Dès la seconde, on rentre dans le sujet, les indispensables : « Madame, Monsieur, Mademoiselle », bien sûr, mais aussi : « pilier de bar, espèce d'ivrogne, éponge ». Une manière délicate de pouvoir introduire des nuances dans les registres utiles de ce guide - lexique. Puis vient un florilège d'expressions qui ne dépareraient pas dans un ouvrage de Claude Duneton (Le bouquet des expressions imagées, La puce à l'oreille...). Expressions savamment organisées dans un but pratique depuis « J'ai le foie sec » et « Nous avons le temps de charger la mule », en passant par les textes de cartes postales « Quel pays formidable, les habitants se graissent bien le toboggan » et les compliments d'usage à l'autochtone comme « Votre vinasse fait danser les chèvres... » ou, pour marquer son approbation, « Rhabillez les orphelins ». Le guide n'oublie rien puisqu'il nous aide à délivrer les messages conclusifs comme « J'ai mal aux cheveux » ou « Donnez moi une boite d'Alka Seltzer », avant, dès le lendemain, de saluer les amis avec des « Est-ce qu'on rallume le moteur ? » et « C'était une soirée formidable ! ».
 
Impossible d'être exhaustif, d'autres fondamentaux, pour l’hôtel, le taxi, les taches sur la moquette ne sont pas oubliés, mais le miracle est ailleurs. Pour chacune de ces expressions, qui au delà de leur utilité sont si joliment tournées, l'équipe impressionnante de traducteurs a su trouver, loin du mot à mot, la juste résonance. C'est promis dans l'introduction « La morsure du chien est soignée par le poil du chien » étant la version hongroise de « on rallume la chaudière ». Quel dommage, soit dit en passant, que toutes les expressions traduites, ne soient pas ensuite elles même retraduites / transcrites en français, mais au mot à mot !
 
Un tel livre, il faut tout d'abord l'essayer, dès les prochaines vacances. Pour communiquer, bien sûr, du moins tant que les lignes se lisent clairement, pour montrer aussi votre fine connaissance de vous même en cas de rencontres spirituelles, ou pour l'abandonner, dans un pays lointain et faire progresser avec la connaissance des autres, celles d'universaux négligés par les philosophes.
 
Quand à l'auteur que je ne connais pas, j'ai découvert, dans un coin obscur de l'ouvrage, la preuve de qualités rares, outre l'ouverture d'esprit et de gosier, un penchant (plus que de la dalle) à la fidélité, ce qui, en ces temps de lynchage médiatique mérite un hommage. A vous de la trouver.

Philippe Blasco